Pur produit provençal, la start-up Entent dévoile bientôt son premier prototype du Pulse : une machine permettant de transformer les déchets thermiques de basse température en électricité. Une innovation prometteuse pour valoriser les chaleurs fatales rejetées par l’industrie agroalimentaire, mais aussi par les DataCenters.

Produire de la chaleur pour produire de l’électricité. A l’exception des systèmes éoliens, hydrauliques ou photovoltaïques, c’est ainsi que fonctionnent toutes les centrales électriques. Mais plutôt que de brûler du gaz, du charbon, du carburant ou bien de créer de la chaleur avec du nucléaire, pourquoi ne pas utiliser les « chaleurs fatales », c’est à dire les déchets thermiques rejetés par l’activité humaine ? C’est la réflexion d’Entent, startup provençale qui a créé une technologie de rupture, le Pulse, pour valoriser ces chaleurs fatales, et les transformer en électricité.

« La technologie ORC (Organic Ranking Cycle) le permet déjà, mais sur des hautes températures, rappelle Stéfan Ré, directeur général d’Entent. On peut valoriser des chaleurs venant de la sidérurgie ou des grosses industries, sur des températures entre 200 et 300 degrés. La différence qu’on apporte avec Entent, c’est qu’on peut valoriser des chaleurs fatales de basse température, entre 60 et 150 degrés ».

Entent s’attaque là à un véritable défi technologique pour l’énergie durable. Les technologies ORC qui existent ne sont pas optimisées pour fonctionner à basse température. « C’est comme si tu prenais un marathonien et que tu cherchais à lui faire courir un 100 m », compare Stéfan. Entent a donc développé un système innovant, en supprimant notamment la pompe présente dans les ORC classiques, pour transformer les déchets thermiques en une ressource utile.

L’entrepreneur Stéfan Ré et l’inventeur Mathias Fonlupt, les deux piliers d’Entent

Valoriser les chaleurs fatales de l’industrie… Et des Datacenters

Pour produire de l’électricité à partir de ces chaleurs fatales, Entent identifie trois grands secteurs de marché potentiels. Tout d’abord, l’industrie, et plus particulièrement l’industrie agro-alimentaire, qui rejette plus de 60% de ses chaleurs fatales sur de la basse température. « Pour chauffer les aliments, les stériliser ou les mettre en boîte, les procédés industriels utilisent et rejettent de la chaleur. Il y a un vrai potentiel sur ce secteur, avec beaucoup d’entreprises françaises qui ont intérêt à valoriser ces déchets thermiques » déclare Stéfan Ré.

Le Pulse peut également s’appliquer en « surgénération », c’est à dire en produisant de l’électricité à partir de chaleurs fatales d’une entreprise qui elle-même produit de l’électricité. « Sur la production électrique, le rendement maximum que tu peux avoir est de 30-35%. C’est à dire que pour 100 de chaleur produite, tu vas rejeter 70% dans la nature, précise le directeur général. Nous, on pourrait réutiliser cette chaleur, qui est souvent à basse température, pour la revaloriser en électricité ».

Troisième cible dans le viseur d’Entent : les Datacenters. Un secteur de marché en pleine expansion, qui est fortement challengé sur sa consommation électrique, et notamment sur son indicateur d’efficacité énergétique (PUE). Pour Stéfan Ré, valoriser les chaleurs fatales pour produire de l’électricité permettrait de diminuer la consommation nette des Data Centers.

Un terrain sur lequel la collaboration avec HPE pourrait s’avérer particulièrement intéressante. « On va pouvoir poser les premières pierres d’un partenariat industriel, et travailler avec HPE sur une solution spécifique de notre produit, dédiée aux Datacenters » se réjouit le directeur. Au sein du programme, il pourra compter sur le parrainage officiel de Didier Monestes, ancien directeur chez Systemic Area Network, qui lui permettra de faire le lien avec les acteurs du secteur. 

Le Pulse permettrait de récupérer les chaleurs fatales rejetées par les Datacenters pour fabriquer une part de l’électricité qu’ils consomment.

L’ingénieur et l’entrepreneur

Pour l’instant, le Pulse est en phase de conception. Avant de délivrer une machine opérationnelle, il faut de longues années de recherche et développement et bien entendu des moyens pour permettre son financement. Mais avant tout cela, il a fallu une rencontre fortuite, entre les deux piliers d’Entent : Stéfan Ré, le directeur général et Mathias Fonlupt, l’inventeur de la solution.

Les futurs associés se rencontrent dans un bus marseillais, en 2015. A l’époque, les deux sont étudiants-ingénieurs. Passionné de physique, Mathias travaille sur l’ébauche du Pulse depuis trois ans déjà et partage son idée à Stéfan. « J’étais déjà diplômé en ingénierie, j’avais des bases solides pour comprendre de quoi il me parlait. Mais moi ma came, c’est la gestion d’entreprise » confesse celui qui a bifurqué vers le management général à l’IAE d’Aix-en-Provence. « Mathias avait son idée mais ne savait pas quoi en faire. Moi j’avais pas d’idée mais je voulais créer une entreprise ». 

L’ingénieur et l’entrepreneur consolident leur projet technologique, glanent quelques victoires lors de concours étudiants-entrepreneurs et en 2017, la société Entent voit le jour. C’est là que tout s’accélère.

Une fierté provençale

En 2018, la technologie du Pulse est formalisée et brevetée. Stéfan et Mathias se lancent dès l’année suivante dans les premières simulations numériques, qui permettent d’acter le potentiel du Pulse. Lauréats du concours national d’innovation I-Lab 2020, Stéfan et Mathias étoffent leur réseau. « Avant de créer l’entreprise on a été accompagnés par le Réseau Pépite, puis par les Entrep’, un programme d’aide pour les jeunes créateurs d’entreprise. On a eu ensuite un fort soutien de l’incubateur Impulse, du dispositif d’amorçage Provence, d’Aix-Marseille French Tech, et bien sûr de la BPI, énumère le Marseillais. En dehors de ces noms, il y a des gens avec qui on a pu discuter tous les jours, pour nous aiguiller, pour avancer étape par étape ». 

Ces soutiens ont notamment permis de financer la première machine Pulse, qui devrait être prête pour la rentrée 2021. Cette année, Entent a également organisé sa première levée de fonds, toujours en cours et qui devrait être finalisée après l’été.

Schéma de principe du Pulse, la machine développée par Entent

L’occasion d’attaquer plusieurs gros chantiers, avec notamment la mise en service de la machine qui sera testée au laboratoire thermodynamique de l’Université de Liège, spécialiste des ORC. Swann Thuillet, docteur en mécanique des fluides numériques, et premier salarié d’Entent, pourra alors entamer les dernières simulations, avec l’idée de concevoir déjà un deuxième prototype stabilisé pour 2022.

Pour l’instant, l’équipe fonctionne à cinq. Hanane Tadlaoui épaule Stéfan dans le pôle marketing tandis qu’Elsa Assaad est là pour aider Mathias sur la partie technologique. Mais les nouveaux défis à venir réclameront l’arrivée de nouvelles recrues, avec notamment une assistante de direction et un ingénieur mécanicien « pour travailler sur la conception de la future machine ainsi que les modes opératoires pour l’installation, la fabrication, et la maintenance », précise le directeur général.

Avec des renforts de talent et des partenaires de haute compétence, Entent possède toutes les cartes pour poursuivre son ascension, jusqu’à la commercialisation de sa solution. Mais surtout, elle tient une innovation technologique inestimable pour l’énergie durable. « Pour donner un ordre de grandeur la valorisation de toutes les chaleur industrielles dans le monde permettraient d’alimenter en électricité l’équivalent de l’Union Européenne, sans ajout de matières premières, et sans augmentation des émissions de CO2 ». A l’heure du réchauffement climatique et de la course à l’énergie durable, l’hypothèse a de quoi provoquer quelques nouvelles bouffées de chaleur.

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